Sommet africain sur le climat à Nairobi : les esprits s’échauffent autant que la température

C’est une première… Signe de l’extrême urgence, le premier Sommet africain sur le climat s’est ouvert hier à Nairobi et devrait se clôturer demain dans le cadre de la Semaine sur le climat qui, elle, s’achèvera vendredi. L’occasion pour le continent, à la suite de la COP27 qui s’est tenue l’année dernière en Egypte, de se préparer pour les grandes réunions internationales à venir, à savoir le sommet des Nations unies sur l’ambition climatique qui se tiendra à New York le 20 septembre, ainsi que la COP 28 à Dubaï en novembre.

Comme l’a souligné l’envoyé du gouvernement américain pour le climat, John Kerry, « Sur les 20 pays les plus touchés au monde par la crise climatique, 17 se trouvent ici en Afrique. » Dont le Kenya, pays hôte et qui est un de ceux les plus durement touchés par les dérèglements climatiques alors que son énergie nationale est aujourd’hui à 90% renouvelable. Un pays, donc, symbole des enjeux pour un continent qui subit les dérèglements sans en avoir été à l’origine et qui ne manque pas de souligner toutes les opportunités qui peuvent en découler. “Pendant très longtemps, nous avons considéré cela comme un problème. Il existe également d’immenses opportunités“, a déclaré le président kényan William Ruto. Pendant ce temps, dans les rues de Nairobi, des centaines de personnes manifestaient, brandissant des pancartes exigeant le ciblage des combustibles fossiles et sur lesquels on pouvait lire  “Arrêtez la ruée néocoloniale vers le pétrole et le gaz en Afrique“, rapporte Reuters.

Les jeunes veulent une place à part entière

En amont de ce sommet a été organisée du 1er au 3 septembre l’Assemblée des jeunes africains sur le climat. Hier, ils ont présenté une Déclaration qui devrait être prise en compte dans la Déclaration finale de Nairobi, à l’issue du Sommet, et qui devrait servir de schéma directeur pour la transition vers l’énergie verte en Afrique.

Les jeunes préconisent de créer rapidement une banque verte mondiale et d’élaborer un nouveau pacte financier mondial, protégeant leurs intérêts dans le financement de la lutte contre les changements climatiques, indique le communiqué de la BAD. Ils ont également demandé de créer un bureau de l’ONU pour la jeunesse qui serait basé en Afrique, le continent qui compte le plus grand nombre de jeunes sur la planète, le président kényan William Ruto, rappelant aussi tout le potentiel agricole de l’Afrique en raison de ses vastes terres non cultivées qui représentent 65 % du total mondial.

Notons, par ailleurs, que demain sera lancé le rapport conjoint de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) et de la BAD sur le financement des énergies propres en Afrique. Ce rapport s’appuie sur des études de cas à travers le continent pour mettre en évidence des solutions viables qui contribuent à l’augmentation des investissements dans l’énergie et à la réalisation de l’accès universel à l’énergie moderne, ainsi qu’aux objectifs liés au climat et au développement durable.

Il faut que l’argent promis soit versé de suite

Les esprits s’échauffent à Nairobi, presqu’autant que le climat…. Mithika Mwenda, de l’Alliance panafricaine pour la justice climatique, a déclaré lors de la réunion, « C’est notre heure », affirmant que le flux annuel d’aide climatique au continent est d’environ $ 16 milliards, soit un dixième ou moins de ce qui est nécessaire et une « fraction » du budget de certaines entreprises polluantes, rapporte Reuters. Simon Stiell, secrétaire exécutif de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, en convient, comme d’autres, en déclarant : Nous devons immédiatement voir le paiement des $ 100 milliards  de financement climatique, promis chaque année par les pays riches aux pays en développement.

Plus de $ 83 milliards de financement climatique ont été accordés aux pays les plus pauvres en 2020, soit une augmentation de 4 % par rapport à l’année précédente, mais toujours en deçà de l’objectif fixé en 2009. S’agissant de la seule Afrique, l’ONU a estimé que les pertes et dommages dus au changement climatique devraient se situer entre $ 290 milliards et $ 440 milliards sur la période 2020 à 2030, en fonction du degré de réchauffement. Le Kenya, à lui seul, a besoin de $ 62 milliards pour mettre en œuvre son plan visant à réduire les émissions nationales qui contribuent au réchauffement climatique, a déclaré le président.

D’ores et déjà, les Émirats arabes unis lanceront une initiative de financement de $ 4,5 milliards pour investir dans les énergies propres en Afrique, a déclaré à Nairobi le sultan Ahmed Al Jaber L’investissement soutiendra le développement de 15 GW de nouvelle énergie propre d’ici 2030 et « catalysera au moins $ 12,5 milliards supplémentaires provenant de sources multilatérales, publiques et privées ». L’Alliance du carbone des Émirats arabes unis s’est engagée à acheter 450 millions de dollars de crédits carbone africains d’ici 2030 auprès de l’Initiative des marchés du carbone en Afrique, lancée lors de la COP27 en Égypte.

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